PARCOURS

     Quand j’étais un peti’Thom, je rêvais d’exercer un métier atypique, un métier qui pourrait autant attiser ma curiosité sur le monde que la rassasier. Je ne savais pas ce que j’allais faire mais j’avais cette envie profonde comme guide.

Au lycée, alors que j’étudiais dans un pensionnat salésien, le prêtre qui était mon professeur s’est mis à nous faire étudier les films de Pedro Almodovar. Je trouvais ça insolite. Comment un homme de foi pouvait-il avoir envie de parler sans pudeur d’un cinéaste aux antipodes des dogmes de sa religion ? Par quels transports se trouvait-il devant moi à visionner des images de meurtres, d’identités sexuelles troubles, de vices ? Cette anecdote a insidieusement dessiné ma trajectoire.

Je suis devenu monteur et plus particulièrement monteur de documentaire. Ce choix s’est finalement dessiné tout naturellement. Mon plaisir réside dans l’acte de collaboration avec des réalisateurs dans leur quête "d’écriture du réel". Dans cette objectif, suite à ma formation de monteur en BTS audiovisuel, je me suis très vite perfectionné avec des formations d’écritures documentaires au sein d’organismes spécialisés comme les Ateliers Varan, l’INA ou encore Louis Lumière, jusqu'à développer les pistes d'une approche personnelle.

DÉMARCHE

      Le film documentaire suppose un questionnement fouillé sur un thème, le transcender dans un film ne s'obtient pas en empilant les événements au hasard mais en les articulant. Lors du montage, il s'agit de créer un lieu où nouer des relations d'amitiés et de réflexions, où susciter un réseau de pensées pluralistes et ouvert, sans flatterie, ni concession. Mon rôle en tant que monteur est d'interroger patiemment le réalisateur pour qu'il ravive les appétits intimes qui l'ont conduit à s'engager dans l'aventure. L'analyse de ce désir permettra de dégager l'objectif caché du film et de trouver le chemin le plus adapté pour que les intentions initiales deviennent sensibles. C'est là que commence la phase la plus créative de mon travail, celle de l'écriture du discours et de l'histoire. Force de propositions, d'idées nouvelles, je dois trouver des solutions pour mettre en valeur le récit, tout en gardant un œil vigilant sur la structure, l'équilibre et le rythme du film.

C'est grâce à une collaboration étroite avec le réalisateur qu'un vrai film pourra naître. Mon but est de révéler le sens au montage, pas de le trouver. Avant d'être une opération de la pensée, le montage est une opération du regard.

Thomas Patras