__ « Ce que j’appelle un cinéaste, c’est quelqu’un qui a un désir de cinéaste, qui a un regard qui lui appartient à lui seul, et qui arrive à quelque chose – à un contenu – qui rejoint tout le monde. Qui rejoint chacun de nous. C’est la force de son engagement à l’intérieur de son film. C’est quelqu’un qui ne va pas se conformer au désir de l’autre, à ce qu’on attend de lui. C’est quelqu’un qui va savoir se donner totalement. C’est un artiste. »
Anne Baudry, monteuse de documentaire
Cinéma documentaire. Manières de faire, formes de pensée, collection Addoc.
Tout d’abord intéressé par la fiction et l’art vidéo, je me suis pris de passion pour le documentaire. De ces différents travaux une volonté est née, celle de devenir monteur documentaire.
Le film documentaire suppose un questionnement fouillé sur un thème, le transcender dans un film ne s’obtient pas en empilant les événements au hasard mais en les articulant. Lors du montage, il s’agit de créer un lieu où nouer des relations d’amitié et de réflexion, où susciter un réseau de pensée pluraliste et ouvert, sans flatterie, ni concession. Mon rôle de monteur est d’interroger patiemment le réalisateur pour qu’il ravive les appétits intimes qui l’ont conduit à s’engager dans l’aventure. L’analyse de ce désir permettra de dégager l’objectif caché du film et de trouver le chemin le plus adapté pour que les intentions initiales deviennent sensibles. C’est là que commence la phase la plus créative de mon travail, celle de l’écriture du discours et de l’histoire. Force de propositions, d’idées nouvelles, il faut trouver des solutions pour mettre en valeur le récit, tout en gardant un œil vigilant sur la structure, l’équilibre et le rythme du film.
C’est grâce à une collaboration étroite avec le réalisateur qu’un vrai film pourra naître. Le but du monteur documentaire est de révéler le sens au montage, pas de le trouver. Avant d’être une opération de la pensée, le montage est une opération du regard.
Thomas Patras